Entre ciel et terre

– « Les montagnes en surplomb dominent la vie, la mort ainsi que ces maisons blotties sur la langue de terre. Nous vivons au fond d’une cuvette : le jour s’écoule, le soir se pose ; elle s’emplit lentement de ténèbres, puis les étoiles s’allument au dessus de nos têtes où elles scintillent éternellement, comme porteuses d’un message urgent, mais lequel et de qui ? Que veulent-elles de nous et peut être surtout : que voulons nous d’elles ? ».

C’est avec ces premiers mots du roman de Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et terre, que je m’apprête à repartir en Islande.

Je m’étais dit que je reviendrais, que je pousserais la route un peu plus loin en longeant l’océan et les glaciers, jusqu’à Djùpivogur et les premiers fjords de l’est : 1 500 km aller-retour depuis Reykjavík.

Certains stops m’étaient connus, mais pour la plupart, je n’en avais qu’une connaissance littéraire et iconographique, comme la plage de Stokksnes et ses dunes incroyables.

La nature y est majestueuse et intime un respect total. Les lieux ne se laissent pas approcher aisément, j‘ai donc pris mon temps. Et puis de toute façon, voyager en Islande tambour battant, cela n’a pas de sens. La lumière est taquine et fait son apparition pour qui sait l’attendre et l’observer.

N’ai-je pas dorénavant l’Islande dans la peau ? On dirait bien.


– S’en vient le soir / Qui pose sa capuche / Emplie d’ombres / Sur toute chose / Tombe le silence


– « […] du reste n’y avait-il en Islande, rien à voir que des montagnes, des chutes d’eau, des étendues de terres accidentées et cette lumière capable de te transpercer et de te changer en poète ».



– « Nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres ».


– « L’enfer, ce n’est pas de savoir si nous sommes vivants ou morts. Je vis, tu vis, nous vivons, ils meurent ».



– « Nulle chose ne m’est plaisir, en dehors de toi ».


Mais Bárður, le pêcheur à la morue, avait oublié sa vareuse au baraquement, et réciter les vers de Milton n’y changeait rien.


– « Bárður est mort et tout devient froid ».

Le gamin s’était alors fait un devoir de remettre au vieux Kolbeinn, le capitaine devenu aveugle à force de lecture, l’exemplaire du Paradis perdu de J. Milton, prêté alors au pêcheur. Il avait du pour cela traverser la vallée et la nuit noire, le dos chargé du livre qui avait tué son ami.



– « Les mots sont des flèches, des balles de fusil, des oiseaux légendaires lancés à la poursuite des héros, les mots sont des poissons immémoriaux qui découvrent un secret terrifiant au fond de l’abîme, ils sont un filet assez ample pour attraper le monde et embrasser les cieux, mais parfois, ils ne sont rien, des guenilles usées, transpercées par le froid, des forteresses caduques que la mort et le malheur piétinent sans effort. »


Le gamin, c’est un peu moi. Mais ça, c’est une autre histoire …


Jón Kalman Stefánsson à écouter dans « l’heure des rêveurs » sur France Inter.



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